Béziers, retour vers le passé…

Le 2 juin 2017 avait lieu au Palais des Congrès de Béziers l’inauguration de l’expo itinérante organisée par André Viard au sujet de la prétendue filiation de la corrida avec les peintures rupestres de Lascaux, une énormité qui a provoqué la franche hilarité de Jean Clottes, préhistorien éminent, et la colère de nombreux spécialistes de la préhistoire. Il faut dire que la vraie origine de la corrida est nettement moins prestigieuse – des bouchers qui prenaient plaisir à torturer des taureaux en public dans leur arrière-cour au 16e siècle pour  donner des frissons de plaisir malsain aux spectateurs. Origine beaucoup moins prestigieuse que celle de Lascaux…

Une délégation de trois militants de la FLAC et de No Corrida (Thierry Hély, Cyril Vaucelle et Roger Lahana) s’est donc rendue à la fumeuse exposition pour faire entendre son point de vue, en l’occurrence celui de la vérité historique. Et, pour bien montrer qu’il ne s’agissait là que de défendre la vérité sur l’absence totale de lien entre les hommes préhistoriques de Lascaux et les tueurs en collants roses, nous portions des t-shirts montrant non pas des logos anticorrida, mais, tout simplement, l’un des taureaux que l’on peut admirer sur les fresques rupestres vieilles de 23 000 ans. Nous avons aussi distribué plusieurs exemplaires d’un article de Paris Match dénonçant cette appropriation intellectuelle.

De toute évidence, nous étions attendus. Normal, le Midi Libre avait annoncé notre venue. En dehors d’André Viard qui faisait des efforts désespérés pour ne pas nous voir, tous les autres représentants de l’aficion biterroise présents louchaient sur nous en échangeant des commentaires à mi-voix. De toute évidence, nous dérangions, même (surtout ?) avec des t-shirts à l’effigie de Lascaux. Hugues Bousquet, alias Lo Tore Roge, était à l’entrée. Il nous a dit presque en murmurant qu’il ne serait pas possible de nous laisser entrer avec ces t-shirts. Nous lui avons demandé en quoi une peinture de taureau de Lascaux était une provocation dans une expo parlant des taureaux de Lascaux. Il a admis que finalement, on pouvait garder nos t-shirts.

Nous avons parcouru l’enfilade de panneaux retraçant l’histoire de l’humanité de Lascaux à nos jours avec, pour fil conducteur, les relations supposées universelles entre l’homme et les taureaux qu’il tuait à travers les âges, mais attention, ce n’est pas par cruauté mais parce qu’il les vénère, bien sûr. Les textes d’accompagnement étaient émaillés de perles sur lesquelles il faudra qu’on revienne un jour, tellement certaines sont énormes. Exemple du décalage considérable de cet amalgame Lascaux/corrida :  Jean Clottes nous avait bien précisé au téléphone que les animaux représentés dans les grottes de Lascaux avaient tous, sans exception, une attitude pacifique. Et en particulier des taureaux au regard doux et à la tête relevée. Rien à voir avec ceux montrés par les taurins où, l’air furieux, ils chargent tête baissée. Aux yeux de Cro-Magnon, dans cette fameuse grotte, régnait un climat de paix, de sérénité et de spiritualité. Aucun rapport avec ce rituel de férocité, de sauvagerie, de carnage, de cruauté et de mort qui se déroule dans une arène lors d’une corrida. Ce sont deux mondes diamétralement opposés !

La foule pendant les discours. Attention, un anticorrida s’est glissé parmi les aficionados (indice : il a une casquette)

Est venu le moment des discours, entre autres celui de Hugues Bousquet qui a dénoncé les « liberticides » (tout le monde nous a regardés en ricanant d’un air entendu), d’André Viard qui a mis en garde le public de ses fans sur le fait que l’évolution des mentalités rendait leur passion de plus en plus compliquée à célébrer (ça ne va pas s’arranger) et de Robert Ménard qui a tressé lyriquement des couronnes de laurier à André Viard, à la tauromachie, aux hommes politiques de tous bords qui oublient leurs différences dès lors qu’ils aiment la corrida, et encore à André Viard.

Thierry Hély demanda la parole. Bien évidemment, André Viard la lui refusa… Le président de la FLAC lança à haute voix : « Il vous faut savoir que la ville de Montignac qui recèle les grottes de Lascaux s’est déclarée officiellement ville anticorrida !  Lascaux est anticorrida !« . Ce qui généra un brouhaha et quelques rictus d’irritation. 

Bon, on a gardé l’essentiel pour la fin. Dans cette ville, considérée comme la place taurine la plus prestigieuse en France après celle de Nîmes, alors que tout le gratin taurin biterrois était là, que la presse en avait parlé largement pour attirer le maximum de gens et de visiteurs à cette inauguration, devinez à combien s’élevait le nombre de personnes qui se sont pressées à cet événement qui devait être spectaculaire, gratuit et avec apéro offert, dans le prestigieux Palais des Congrès de Béziers la Merveilleuse ?

Une quarantaine. Au plus haut. Nous y compris. Alors que la corrida est censée être solidement ancrée dans la culture biterroise. Nous rappellons que Béziers compte 74 000 habitants. Cherchez l’erreur ? De l’avis du personnel technique des lieux, c’était, comment dire, hé bien, un bide total. C’est André Viard qui devait être content : lui qui s’est pris sur le tard de passion pour la préhistoire, il va bientôt finir par en faire partie…

Roger Lahana et Thierry Hély

A bas toutes les corridas !

Un article d’Yves Paccalet

Ce mercredi 24 mai 2017, à Cannes, en plein Festival du même nom, nous avons tenu, à l’hôtel Cannes-Palace, une réunion de colère contre toutes les corridas, et plus spécialement contre le président du jury, Pedro Almodovar, cinéaste tueur de taureaux et « aficionado » déclaré.

Projections et débats pour une salle comble et déterminée. Rencontre organisée par la FLAC (Fédération des Luttes pour l’Abolition des Corridas), No Corrida et la SNDA (Société Nationale pour la Défense des Animaux).

Nous y avons vu le film (sanglant et efficace) de Jérôme Lescure, « Alinéa 3 », et le clip de campagne anti-corrida réalisé par l’agence de com’ BETC pour la FLAC, dans lequel le taureau est remplacé par un dinosaure raptor… (Succès mondial sur Internet.)

Prises de parole de Thierry Hély, président de la FLAC ; de Roger Lahana, président de No Corrida ; de Pascal Durand député écologiste au Parlement Européen ; du chanteur Francis Lalanne ; de Muriel Marland-Militello ; d’autres encore ; et de votre serviteur…

Bel espoir qu’enfin la corrida soit abolie en France et partout dans le monde, comme elle l’a été en Catalogne. On n’en est pas loin à Madrid. Etape intermédiaire : au nom des droits des enfants, la faire interdire aux moins de 16 ans…

Le résumé de nos interventions diverses et passionnées ? N’écoutez plus les idioties qu’ils vous servent sur la « grandeur » ou la « noblesse » de la corrida, sur son côté « historique » ou « culturel », etc. Ne les appelez plus « aficionados », mais « tortionnaires sadiques » !

Yves Paccalet

Crédit photo : Stéphanie Lahana

CANNES, TACHES DE SANG EN PLEIN FESTIVAL !

Comment est-ce possible ?  Pourquoi cette question ? La réponse : il suffisait de voir le visage de celles et ceux qui assistaient à la projection du film de Jérôme Lescure le soir du 24 mai à Cannes : le sang du pauvre taureau qui giclait à gros bouillons, ses beuglements de détresse et de douleur, et surtout, son regard pathétique, en gros plan, qui semblait implorer et demander pourquoi il méritait un tel supplice aussi cruel ? Certains spectateurs, la tête baissée, se bouchaient les oreilles tellement les scènes étaient insupportables.

Et le pire, peut-être, était d’entendre la foule applaudir toutes ces atrocités. Au vu de ces images, il n’y a plus de doute, la corrida est vraiment le dernier vestige des jeux du cirque ! Dans Arènes sanglantes, Biasco Ibanez écrivait : « lors d’une corrida, la bête n’est pas où l’on croit ; elle n’est pas dans l’arène mais bien dans les gradins : c’est la foule, sans pitié, lâche et grossière, qui vocifère son plaisir, bien à l’abri, devant un tel carnage ! ». Nous laissons les amateurs de corrida méditer sur cette phrase qui les met face à leur conscience… La corrida étant une offense à la dignité humaine.

Un grand merci aux quatre personnalités qui nous firent l’honneur de leur présence :  Muriel Marland-Militello, première parlementaire à avoir déposé en 2004 une proposition de loi pour l’abolition de la corrida, Pascal Durand, député européen, Yves Paccalet, philosophe, écrivain, ancien navigateur aux côtés de Jacques-Yves Cousteau et Francis Lalanne, chanteur, auteur, compositeur, interprète et candidat aux élections législatives.

De gauche à droite et de haut en bas : Muriel Marland-Militello, Thierry Hély, Pascal Durand, Yves Paccalet, le public,
Jean-Michel Drechsler, Francis Lalanne, Roger Lahana, une scène d’Alinéa 3

Leurs interventions furent remarquables !  Muriel Marland-Militello nous rappela ce qu’elle subit en 2004 de la part de députés dans l’hémicycle : insultes machistes indignes, demandes de radiation de son parti et, pour certains, menaces physiques… Son courage est à saluer. D’autant plus que sa narration n’était pas dénuée d’humour. Pascal Durand, au bord de la nausée face à de telles images, outre ses précieuses informations par rapport au Parlement européen, n’avait pas de mots assez durs contre les aficionados. Un véritable nectar de l’entendre. Yves Paccalet nous démontra avec brio la sensibilité de tous les êtres vivants. Sa démonstration au sujet des cétacés harponnés qu’il connait très bien fut passionnante. Et enfin, Francis Lalanne nous lut avec beaucoup de talent et d’émotion, la lettre (on la voyait aussi sur écran géant) qu’il avait adressée à Emmanuel Macron au sujet de Marie Sara…  Là aussi, nous avons vécu un moment très fort. Résultat : grâce à ce débat passionnant et au film courageux de Jérôme Lescure, l’émotion était souvent à son comble.

Autre moment très fort :  la projection du clip vidéo extraordinaire de Jean-Michel Drechsler, aux plus de 10 millions de vues sur les réseaux sociaux dans le monde entier. L’auteur nous expliqua avec beaucoup de précision sa genèse. Merci à lui.

Nous avons cité les personnalités ne pouvant être présentes ce jour là mais qui tenaient à nous encourager pour cette soirée :  Hubert Reeves, Rama Yade, Yolaine de la Bigne, Hubert Montagner, Stone, Aymeric Caron, Corine Pelluchon, Allain Bougrain-Dubourg, Matthieu Ricard et Mylène Demongeot.

Nous précisons que dans un souci de dialogue, nous avions également invité officiellement des personnalités taurines afin qu’elles défendent leur cause. C’était paru dans la presse. Mais comme d’habitude, alors qu’elles n’ont que le mot « courage » et « bravoure » à la bouche, elles ne sont pas venues…

En tant que président de la FLAC, je remercie infiniment toutes celles et ceux qui, parfois, venaient de loin, surtout en plein Festival. Une centaine, environ, dont plusieurs candidats du Parti Animaliste. Et, bien évidemment, l’association membre de la FLAC, No corrida, pour sa présence et son précieux concours.

Dans la salle de projection, outre les représentations d’instruments de torture de la corrida, nous avions affiché sur les murs des photos agrandies de personnalités ayant rejoint notre cause publiquement. Parmi lesquelles, des politiques. Entre autres : Simone Veil, Michel Rocard, Rama Yade, Pascal  Durand, Jean-Marc Governatori. Et parmi les stars du cinéma : Danielle Darrieux (à qui nous avons rendu hommage pour son centenaire), Brigitte Bardot, Alain Delon, Mireille Darc, Sophie Marceau, Mylène Demonjeot, Jean-Luc Godard, Michèle Morgan, Robert Hossein, Lambert Wilson, Jean-Paul Belmondo, Annouck Aimé, Jean Rochefort, Richard Borhinger et bien d’autres…

Il y avait également quelques dessins anticorrida agrandis de Cabu, Tignous et Honoré, avec une petite pensée émue pour Charlie Hebdo…

Brèves de Croisette :  pendant trois jours, arpentant la Croisette afin de distribuer les invitations, nous avons fait les rencontres suivantes :

Claudia Cardinale prend notre invitation à la projection-débat devant son hôtel

Claudia Cardinale, la reine de ce Festival, qui prit notre invitation avec un grand sourire (nous savons que la corrida n’est pas sa tasse de thé…), Frédéric Beigbeder, Edouard Baer, Tomer Sisley, Franck Provost et Michel Denisot. Ces deux derniers, aficionados, nous ont déclaré ne plus aimer la corrida et ne plus y aller… Pas étonnant, quand on sait qu’il y a de moins en moins de peoples dans les arènes afin de ne pas ternir leur image… Ce qui désole au plus haut point les organisateurs de corridas dans les grandes villes taurines françaises. Il faudra qu’ils s’y fassent…

Nous avons également croisé Alexandre Arcady à qui nous avons remis une invitation en main propre, ainsi que d’autres personnalités.

A notre agréable surprise, un membre de l’hôtel Le Martinez, nous ayant vus avec nos invitations, nous demanda de nous en laisser une pile afin d’en diffuser le plus possible. Résultat, le lendemain, cette personne nous affirma que notre invitation avait circulé au maximum dans ce célèbre palace.

Bilan de cette action à Cannes à l’occasion du 70ème anniversaire de son Festival :  une tache de sang est venue souiller les strass et les paillettes… Car la corrida, aussi incroyable que cela puisse paraître, est toujours une triste réalité en France. En 2017…

Encore merci à tous !

Thierry Hély, président de la FLAC

De nombreuses autres photos et des détails complémentaires sont disponibles sur le site de No Corrida.

Crédit photos : Cyril Vaucelle, Roger Lahana, Stéphanie Lahana

Projection-débat sur la corrida en plein festival de Cannes

Toutes les infos sur la façon dont la polémique a pris de l’ampleur à partir de février 2017 sont ici sur le site de la FLAC, accompagnées d’une importante revue de presse internationale : Corrida et Festival de Cannes ! La polémique commence à enfler… 

Juste avant ce débat exceptionnel, le film de Jérôme LESCURE « Alinéa 3 » sera diffusé. Des extraits de ce document filmé avaient été utilisés pour réaliser un spot télé en 2005. Le narrateur était le chanteur RENAUD.

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Visuel de l’affiche conçu par Jérôme Lescure à partir d’une photo de Jean-Marc Montegnies (Animaux en Péril).

La plateforme La Tortura No Es Cultura rejoint la FLAC. C’est une adhésion majeure !

L’organisation anticorrida espagnole « La tortura no es cultura » (LTNEC) vient d’adhérer à la FLAC. Cette plateforme, qui rassemble 37 associations, est née lorsque les principales organisations de protection et de libération animale ont voulu réagir à l’annonce en 2010 de l’intention d’Esperanza Aguirre (présidente de la Communauté de Madrid de 2003 à 2012, Partido Popular) de déclarer la tauromachie « bien d’intérêt culturel ». La page Facebook de LTNEC est suivie par plus de 516 000 personnes.

LTNEC assos

La présidente de LTNEC est Marta Esteban. Le responsable des relations institutionnelles est Sergio Garcia Torres (Podemos). Le secrétaire est Sandro Zara. Tous les trois sont également membres du Comité de coordination du Réseau International Antitauromachie. Marta Esteban et Sergio Garcia Torres sont, par ailleurs, membres d’honneur de No Corrida.

C’est à l’occasion du Sommet international anticorrida à Lima du 25 au 28 novembre 2016 que le président de No Corrida a proposé à Marta Esteban que LTNEC rejoigne la FLAC. Elle s’est montrée aussitôt ouverte à ce rapprochement stratégique et l’a soumis à son Conseil d’administration qui l’a voté. Stratégiquement et symboliquement, c’est une adhésion majeure pour notre Fédération !